vendredi 22 juin 2007

La légende du serpent blanc - I

D’après la légende, au pays des immortels vivaient deux serpents, l’un blanc et l’autre azur. Ils s’essayaient chaque jour à imiter les humains et à prendre leur apparence. Et le jour où ils réussirent parfaitement à leur ressembler, ils décidèrent de descendre au pays des mortels pour faire leur connaissance. Pour cela, ils prirent l’apparence de deux belles jeunes femmes, Bai Suzhan et sa sœur aînée, puis descendirent sur terre, dans la région de Hangzhou.

Ce jour-là, dans la région de Hangzhou, les habitants célébraient tous leurs morts et leurs ancêtres. Un des notables de la région, Xuxian, comme tous les habitants, souhaitait se rendre auprès du tombeau de ses ancêtres pour leur faire des offrandes. Ainsi, il devait se rendre dans son village natal. Il pria un aimable pêcheur de le prendre sur sa modeste embarcation et de le conduire jusqu’à chez lui. Le chemin jusqu’au village de Xuxian était assez long, il leur fallait passer plusieurs ports avant d’y arriver. Quand leur traversée fut égayée par deux charmantes jeunes femmes, Bai Suzhan et sa soeur :
« Maître pêcheur, auriez-vous deux petites places sur votre barque ? » demanda Bai suzhan. Le pêcheur embarrassé ne pouvait décider. Son client était le jeune seigneur. La décision appartenait à son client. Le jeune seigneur à la vue de ces deux charmantes demoiselles ne put qu’accepter. Les demoiselles montèrent à l’arrière de la barque, et s’assirent sous l’abri de bambous, confectionné par le pêcheur. Quand au jeune Xuxian, comme le voulait la bienséance, il s’éloigna des deux demoiselles et s’assit à l’avant du bateau près du pêcheur.

Les deux jeunes demoiselles, à la vue de ce seigneur si prévenant, choisirent de le mettre à l’épreuve. L’aînée des deux sœurs proposa à Suzhan de faire tomber la pluie. Juste pour voir, si ce jeune homme résisterait à la tentation de s’asseoir à leur côté.
Le pouvoir des serpents immortels est grand et les deux serpents devenus ces deux jeunes demoiselles pouvaient ordonner la pluie et le beau temps. C’est ainsi que tout à coup, la pluie tomba. Des trombes d’eau !! Mais Xuxian, imperturbable, ouvrit son parapluie, et debout sous la pluie resta droit sur la barque. Enfin, il arriva à bon port. La pluie était forte. Par égard pour ces deux jeunes femmes, Xuxian choisit de leur laisser son parapluie avant de partir.
Quelques jours plus tard, Bai Suzhan rendit visite à ce charmant seigneur afin de lui rendre son parapluie. C’est ainsi que les deux jeunes gens devinrent complices, puis que leur complicité se transforma en un heureux mariage !

Quelques mois plus tard, alors que Xuxian vivait des jours heureux avec sa charmante jeune épouse, il fit une étrange rencontre. Sur la place du marché, un bonze le suivait. Soudain, il interpella Xuxian. « Maître, écoutez-moi. Je me dois de vous informer d’une affaire hautement importante. Peut-être ne me croirez-vous pas. Mais, voilà, il s’agit de votre femme. Votre bien-aimée n’est en fait qu’un jeune serpent ensorceleur, capable des plus mauvais tours. Il a pris forme humaine et il est désormais votre femme. Croyez-moi, quittez votre épouse au plus vite, avant que malheur ne vous arrive. Demain, le 5ème jour du 5ème mois, nous boirons le vin de Xiong Huang, immunisant contre les piqûres d’insectes et de venin. Vous en donnerez à boire à votre épouse. Elle redeviendra alors serpent. A ce moment, surtout vous courrez me chercher, moi Fahai à la montagne dorée. Je vous y attendrai. »

Xuxian bien sûr ne crut pas un instant ce vieux bonze de mauvais augures. Mais il prit quand même, comme les habitants de Hangzhou en avaient l’habitude, une bouteille de vin de xiong huang. Le lendemain, à l’arrivée de l’été et des insectes, pour se protéger comme à l’accoutumée des piqûres d’insectes, Xuxian et sa femme Bai Suzhan burent le vin jaune. Quand peu de temps après, Suzhan se sentit faible. Elle se retira alors dans sa chambre. Xuxian inquiet courut dans la chambre de son épouse et y trouva non pas sa jolie jeune femme mais un serpent ! Un grand serpent blanc argenté portant les vêtements de sa femme. Xuxian ne put en supporter davantage et son cœur s’arrêta. Xuxian tomba. De stupeur, il était mort.


vendredi 15 juin 2007

L'histoire de Chu Yuan, illustre lettré.

Dans la culture chinoise, la fête de Duan Wu Jie célèbre le poète Chu Yuan, suicidé pour l'honneur de sa patrie.
Voici son histoire

Chu Yuan, célèbre lettré, vivait à l’époque des Royaumes combattants dans le royaume de Chu. Cet érudit était un des vassaux les plus fidèles du roi Huai Chu. En effet, par ses sages conseils, Chu Yuan avait permis au roi d’apaiser son royaume et d’y apporter enfin la stabilité nécessaire à son développement. La confiance du roi pour son fidèle vassal Chu Yuan était alors sans limite. Cependant, la position privilégiée de Chu Yuan n’était pas appréciée par tous les sujets du royaume et tous les feudataires, briguant cette place si respectée de conseiller du roi, rivalisaient de médisances à l’égard de Chu Yuan dans l’espoir de devenir favoris à leur tour. Ainsi l’un des hauts conseillers du roi entreprit de mettre fin à cette relation de confiance entre le roi et son conseiller Chu Yuan. Un jour, il s’adressa au roi :

« Votre Majesté, moi, votre conseiller feudataire, permettez-moi d’exercer mon devoir et ainsi de vous entretenir d’un sujet qui me préoccupe beaucoup. Dans votre royaume, Majesté, vous n’êtes pas sans ignorer la popularité sans borne de votre conseiller Chu Yuan. Et bien, il semblerait que son dévouement pour son royaume soit connu de tous par delà le royaume de Chu. Si bien que la politique et le gouvernement si éclairés de votre Majesté soient passés inaperçus dans le royaume. Et ce d’autant plus que votre sage et fidèle conseiller Chu Yuan ne cesse de se vanter à travers tout le royaume de ses exploits et conseils. »

Ces quelques paroles suffirent à troubler le roi et c’est ainsi que le roi de Chu commença à se méfier des conseils de son fidèle parmi les fidèles, le lettré et sage Chu Yuan.

Quelques temps après, la guerre reprit au royaume de Chu. Le royaume de Qin, avide de conquête, ne tarda pas à déclarer la guerre au royaume de Chu.
Le royaume de Qin commença par aborder le roi de Chu par une fourbe stratégie. Ainsi, il proposa au roi de Chu une alliance qui serait conclue entre les deux royaumes de Chu et de Qin à Wuguan. Un rouleau fut apporté au roi de Chu par un messager du royaume de Qin. Son rouleau en main, le roi de Chu, Huai, prit cette alliance au sérieux. Ce geste de civilité et d’humanisme suffit à satisfaire le roi pour accepter cette alliance et préparer son armée à se rendre à ce rendez-vous.
Un grand conseil général fut décrété par le roi, afin de préparer son armée et cette alliance. Le conseil commença d’abord par les explications du roi, puis il donna la parole à ses conseillers. Après l’état des lieux de la situation, Chu Yuan, incrédule face à cette offre si généreuse du royaume de Qin, intervint sans attendre auprès du roi.
« Votre Majesté, si vous me le permettez, je désirerais intervenir. Votre altesse, il est évident que cette alliance n’est qu’un leurre de la part du roi de Qin. Quel serait le bénéfice de cette alliance pour le royaume de Qin et notre royaume. Le roi de Qin est un tigre aux longues griffes et aux dents de loup. Votre majesté, il me semble que la sagesse nous recommande de ne pas accepter cette alliance. Ne répondons pas et préparons nous à son attaque».

« Votre Majesté» intervint alors un autre conseiller du roi. « Permettez-moi de vous présenter mon idée sur cette alliance. Voilà, nous, le royaume de Chu ne devons-nous pas surpasser les méfiances et les préjugés sur le royaume de Qin. Cette alliance, ne serait-elle pas plutôt un signe de paix. Il me semble que le royaume de Qin nous fait signe, ne devons-nous pas au contraire accepter cette alliance ? Votre majesté, croyez-moi, nous ne pouvons refuser ce rendez-vous. »

« Votre Majesté », intervinrent alors les autres conseillers, tous près à contredire les propos de Chu Yuan. Votre sage conseiller Zilan a, me semble-t-il, raison. Acceptons cette alliance. Allons à Wuguan. »
Et c’est ainsi que l’armée de Chu se rendit à Wuguan où elle fut encerclée par l’armée ennemie. Le roi Huai Chu fut emprisonné et condamné à mort. Son successeur, sous les recommandations des anciens conseillers du roi de Chu, déclara Chu Yuan, grand et fidèle conseiller du roi, comme responsable de ce terrible échec du royaume de Chu. Chu Yuan fut alors exilé par le roi de Chu, le grand QinNang.

Chu Yuan rentra dans son pays natal pour vivre aux côtés de sa soeur.

Ainsi CHu Yuan était désormais installé dans une vie de recueillement, de réflexion et de tristesse. Envahi par un immense chagrin, il composa les célèbres rouleaux de bambous, intitulés « tristesse de l’éloignement ». Il ne pouvait oublier son royaume, le royaume de Chu et son roi, mort par les mauvais conseils de ses conseillers. Toujours inquiet pour son pays, jour et nuit, Chu Yuan ne cessait de composer sur les meilleures façons d’agir et la nostalgie de son royaume, le royaume de Chu. Son chagrin était de plus en plus lourd. Quand un jour, la nouvelle lui parvint. Le royaume de Chu était conquis. La capitale était prise par le royaume de Qin !
Chu Yuan s’effondra ! Tout était fini. Sa vie, il avait tout donné pour son royaume, mais en vain. Il était conquis. Sa tristesse fut infinie jusqu’à devenir insupportable. Il ne dormait ni ne mangeait plus.
Lorsqu’un matin, il se redressa. Droit, debout, les joues sèches, entaillées les larmes des jours passés, il demanda à sa servante de lui préparer des vêtements propres. Il sortait.
Il prit son cheval, calmement et s’avança vers la rive du fleuve Milo.

« Chu Yuan te voilà sur la rive du changement. Le monde dans lequel tu vis est de plus en plus impur et bourbeux. Moi, Chu Yuan, solitaire en ce monde sali par ses sujets, il me faut désormais aller de l’avant. Je dois surpasser ce monde. J’ai choisi. Je vais quitter cette fausse pourrie, ce monde impur.
Pourquoi ne pas essayer les mondes sous-marin ?! » Et il sauta.
Chu Yuan se noya dans la rivière Milo, effondré par le désastre du gouvernement de son nouveau roi.

La nouvelle se répandit très vite. Chu Yuan, l’éminent poète et conseiller du roi s’était noyé.
Les habitants de son village natal, tous respectueux envers cet homme illustre, montèrent sur leur barque et commencèrent affolés à chercher Chu Yuan. Sans résultats, ils choisirent alors d’alerter Chu Yuan de leur présence par des tambourinages. Leur gong embarqué, tous ensemble, ils jouèrent. Les gongs sonnèrent, résonnèrent dans les eaux profondes du fleuve Milo ce jour-là. Mais en vain. Chu Yuan ne revint pas. Il avait choisi de quitter ce monde. Aussi, afin de protéger Chu Yuan des prédateurs sous-marins, les habitants lancèrent des boules de riz gluant aux poissons. Ceux-ci repus ne mangeraient pas le corps de Chu Yuan.

Et c’est ainsi que cette pratique, comme celle du gong, furent renouvelées tous les ans pour commémorer la perte si grande de l’illustre Chu Yuan.

Aujourd’hui encore, pour la fête de Duan Wu Jie, en l’honneur du poète Chu Yuan, il est possible de manger des Zhongzi, boulettes de riz gluant, enveloppées dans une feuille de palmier.

vendredi 1 juin 2007

L'enfance de Mencius

En Chine, la mère de Mengzi, le grand philosophe chinois (Mencius de son nom latin) est un modèle. Par son éducation exceptionnelle, son fils a pu devenir un grand philosophe. Et actuellement encore, les jeunes parents chinois ont tous en mémoire l'histoire de Mengzi et de sa mère. Un modèle que tout le monde essaye d'imiter.
Voici, cette histoire.

Mengzi est né en Chine, au IV° siècle avant J-C, à l’époque des royaumes combattants. Son père, Mengji, un lettré plutôt malchanceux, fonctionnaire auprès du roi du royaume de Song, vécut dans la prospérité. Jusqu’au jour où, hélas, trois ans plus tard, il décéda. Il laissa sa femme, mademoiselle Qiu et son fils unique, le petit Mengzi à leur propre destin.

Mademoiselle Qiu, femme du mandarin Mengji, mère du petit Mengzi vivait dans la principauté de Tsou, (le Shandong actuel), au pied de la montagne Maan, dans un petit village nommé Fan.
Dans ce village, la vie y était paisible. La mère de Mengzi, seule, y élevait son fils. Ce dernier aimait jouer avec ses voisins, les autres enfants du village et tous ensemble s’amusaient souvent à imiter les adultes de leur entourage. A proximité de ce village, était justement un cimetière. Ce cimetière, un des plus grands de la principauté de Tsou, avait régulièrement de nouveaux locataires en ces temps difficiles et les jeunes enfants du village aimaient à regarder les fossoyeurs à l’ouvrage et les défilés endeuillés. Mengzi, quant à lui, était aux premières loges pour voir ce cortège funéraire, puisque les défilés passaient régulièrement devant sa porte.
Ce défilé de personnes vêtues de chanvre, en pleurs, se lamentant à n’en plus finir, était un spectacle très divertissant pour le petit Mengzi et ses amis. Les enfants du village se plaisaient à les imiter et avaient pour habitude de jouer aux enterrements. Les uns se taillaient des vêtements de chanvre, d’autres creusaient pour la mise en bière, d’autres encore brûlaient du papier monnaie, ou simulaient le transport du cercueil. Un jour, alors que tous les enfants du village étaient en train de jouer près du cimetière, la mère de Mengzi entendu son fils pleurer et crier. D’abord indistinctes, les paroles de Mengzi devinrent plus claires.
« Mon amour, pourquoi tu m’as laissé ? Te voilà parti maintenant, il ne reste que moi en ce bas monde ! Que vais-je faire ? Que vais-je devenir ? »
Mademoiselle Qiu se rapprocha de la voix qu’elle supposait être celle de son fils, quand elle l’aperçut, agenouillé à terre, les bras tantôt en l’air, tantôt frappant la terre avec vigueur, criant, voir même braillant pour être sûr de transmettre toute la tristesse d’un enterrement à ses amis. Il jouait à l’enterrement. Il fallait être triste et pleurer. Ce que Mengzi fit très bien, si bien que sa mère, paniquée de voir à quel genre de jeu son fils s’amusait, décida de déménager sur le champ.
Elle prépara ses bagages et empoigna son fils. Ils partirent.

Leur pas les menèrent jusqu’au village de Miaohuying. Cette fois-ci, mademoiselle Qiu, pour le bien de son fils, s’installa au centre du village. Dans une rue commerçante, très animée, où là, au moins, son fils ne jouerait pas à des jeux aussi macabres que la reconstitution d’un enterrement.
La rue animée éveilla Mengzi. Ses amis ne se lamentaient plus, ne pleuraient pas et lui ne s’agenouillait plus en criant. Mengzi, comme tous les enfants, observait son entourage. Un boucher à gauche, un marchand de légumes à droite et divers autres commerces dans la rue. Tous les jours, le jeune garçon traînait avec ses camarades et apprenait.
Et c’est ainsi qu'il observa le boucher couper du porc, les commerçants marchander et les vendeuses attirer le client à la criée. Il prit ainsi exemple sur ses voisins.
Sa mère fut alors très étonné de voir un jour son fils, jouer au marchand de viande. Imitant l’abattage du porc, puis la découpe de celui-ci et enfin ventant avec joie tous les mérites de son porc, très frais "et oui mesdames et messieurs", très frais!
Mademoiselle Qiu ne put en supporter davantage et se dit qu’il valait mieux déménager et trouver enfin un environnement plus propice à l’épanouissement et à l’éducation de son fils. Lui qui imitait si bien son entourage, il fallait lui donner un voisinage constructif. Et pas plus qu’elle ne voulait laisser son fils proche d’un cimetière, elle choisit aussi d’éloigner son fils du milieu commerçant et des petits marchandages incessants auxquels ils se livraient.

La mère de Mengzi choisit de s’installer près de l’école de la principauté de Tsou. Ici au moins, entouré d’étudiants et de sages lettrés, le jeune Mengzi serait influencé correctement pensa-t-elle. Dans tout le village, on pouvait entendre les récitations des élèves. Les lettrés de l’école et leur sagesse impressionnaient les enfants du village. Ainsi, Mengzi, avec les enfants du village, joua à étudier. Assis sous un arbre, il se courbait au-dessus d’un rouleau reconstitué à partir de brindilles et récitait ce qu’il avait appris en écoutant les élèves faire leur récitation. Avec ses camarades, ils jouaient aux discussions entre lettrés, se courbant tous aimablement les uns devant les autres, se faisant des politesses avant de s’asseoir et de s’attabler devant une tasse de thé invisible. Observant les jeux de son fils, la maman de Mengzi fut ravie. Après un long parcours, elle avait enfin trouvé un environnement favorable à son fils. Elle choisit de rester dans ce village et se mit à tisser pour gagner sa vie et permettre à Mengzi, son fils unique et orphelin de père, d’avoir la meilleure des éducations.

Hélas, Mengzi n’était qu’un enfant. Et ce qui était un environnement des plus favorables pour sa mère, n’était aux yeux de Mengzi qu’un village comme les autres où les enfants ensemble se réunissaient pour jouer. Aussi, alors que Mengzi avait déjà commencé à étudier, il fut surpris un jour par sa mère en train de s'amuser avec ses amis au pied d’un arbre plutôt que d’être sagement à l’école.
Cependant, plutôt que de le gronder immédiatement, la mère de Mengzi rentra chez elle. Toujours à son ouvrage à tisser, elle attendit la rentrée de son fils. Lorsque celui-ci rentra et s'installa à côté d’elle pour l'aider à tisser, elle prit une paire ciseaux et coupa en deux tout le morceau de tissu qu’elle avait laborieusement tissé. Toute une semaine de labeur anéantie. Face à cet étrange spectacle, Mengzi ne put que réagir.
« Mais maman, pourquoi détruisez-vous de vous-même ce magnifique tissu, tissé de vos mains? C’est de la folie ? Il vous a fallu une semaine de travaille sans relâche pour le finir. »
Et mademoiselle Qiu, répliqua alors : « Mon fils, tu es allé jouer avec tes amis cet après-midi plutôt que d’aller à l’école. Et bien, ton action est toute aussi inconsidérée que la mienne à l’instant. Ce tissu par mon tissage lent, progressif, mais laborieux et sûr, a pu devenir un tissu soyeux et solide, de bonne qualité. Il était destiné à servir de tunique confortable. Mais par mon acte irréfléchi, ce tissu est détruit, la belle tunique ne sera pas et il faudra reprendre à zéro tout mon labeur pour arriver encore une fois au même résultat.
Tout comme toi, mon fils. Les études et le savoir s’acquièrent avec un lourd labeur, beaucoup de patience, d’énergie et de concentration. Si tu choisis de t’amuser plutôt que d’étudier, alors de tout ton travail de concentration antérieur, de toute ta patience et de ta sagesse accumulées il ne te restera plus rien ! Il te faudra tout reprendre à zéro ! »

Et voilà comment la mère de Mengzi, sans punition, sans correction violente, ou colère abusive inculqua à son fils, Mengzi, toute la valeur des études. Mengzi devint ainsi très jeune, à l’âge de 15 ans, un des disciples du petit-fils de Confucius, avant de devenir lui-même un des grands maîtres de la philosophie chinoise.