Dans la culture chinoise, la fête de Duan Wu Jie célèbre le poète Chu Yuan, suicidé pour l'honneur de sa patrie.
Voici son histoire
Chu Yuan, célèbre lettré, vivait à l’époque des Royaumes combattants dans le royaume de Chu. Cet érudit était un des vassaux les plus fidèles du roi Huai Chu. En effet, par ses sages conseils, Chu Yuan avait permis au roi d’apaiser son royaume et d’y apporter enfin la stabilité nécessaire à son développement. La confiance du roi pour son fidèle vassal Chu Yuan était alors sans limite. Cependant, la position privilégiée de Chu Yuan n’était pas appréciée par tous les sujets du royaume et tous les feudataires, briguant cette place si respectée de conseiller du roi, rivalisaient de médisances à l’égard de Chu Yuan dans l’espoir de devenir favoris à leur tour. Ainsi l’un des hauts conseillers du roi entreprit de mettre fin à cette relation de confiance entre le roi et son conseiller Chu Yuan. Un jour, il s’adressa au roi :
« Votre Majesté, moi, votre conseiller feudataire, permettez-moi d’exercer mon devoir et ainsi de vous entretenir d’un sujet qui me préoccupe beaucoup. Dans votre royaume, Majesté, vous n’êtes pas sans ignorer la popularité sans borne de votre conseiller Chu Yuan. Et bien, il semblerait que son dévouement pour son royaume soit connu de tous par delà le royaume de Chu. Si bien que la politique et le gouvernement si éclairés de votre Majesté soient passés inaperçus dans le royaume. Et ce d’autant plus que votre sage et fidèle conseiller Chu Yuan ne cesse de se vanter à travers tout le royaume de ses exploits et conseils. »
Ces quelques paroles suffirent à troubler le roi et c’est ainsi que le roi de Chu commença à se méfier des conseils de son fidèle parmi les fidèles, le lettré et sage Chu Yuan.
Quelques temps après, la guerre reprit au royaume de Chu. Le royaume de Qin, avide de conquête, ne tarda pas à déclarer la guerre au royaume de Chu.
Le royaume de Qin commença par aborder le roi de Chu par une fourbe stratégie. Ainsi, il proposa au roi de Chu une alliance qui serait conclue entre les deux royaumes de Chu et de Qin à Wuguan. Un rouleau fut apporté au roi de Chu par un messager du royaume de Qin. Son rouleau en main, le roi de Chu, Huai, prit cette alliance au sérieux. Ce geste de civilité et d’humanisme suffit à satisfaire le roi pour accepter cette alliance et préparer son armée à se rendre à ce rendez-vous.
Un grand conseil général fut décrété par le roi, afin de préparer son armée et cette alliance. Le conseil commença d’abord par les explications du roi, puis il donna la parole à ses conseillers. Après l’état des lieux de la situation, Chu Yuan, incrédule face à cette offre si généreuse du royaume de Qin, intervint sans attendre auprès du roi.
« Votre Majesté, si vous me le permettez, je désirerais intervenir. Votre altesse, il est évident que cette alliance n’est qu’un leurre de la part du roi de Qin. Quel serait le bénéfice de cette alliance pour le royaume de Qin et notre royaume. Le roi de Qin est un tigre aux longues griffes et aux dents de loup. Votre majesté, il me semble que la sagesse nous recommande de ne pas accepter cette alliance. Ne répondons pas et préparons nous à son attaque».
« Votre Majesté» intervint alors un autre conseiller du roi. « Permettez-moi de vous présenter mon idée sur cette alliance. Voilà, nous, le royaume de Chu ne devons-nous pas surpasser les méfiances et les préjugés sur le royaume de Qin. Cette alliance, ne serait-elle pas plutôt un signe de paix. Il me semble que le royaume de Qin nous fait signe, ne devons-nous pas au contraire accepter cette alliance ? Votre majesté, croyez-moi, nous ne pouvons refuser ce rendez-vous. »
« Votre Majesté », intervinrent alors les autres conseillers, tous près à contredire les propos de Chu Yuan. Votre sage conseiller Zilan a, me semble-t-il, raison. Acceptons cette alliance. Allons à Wuguan. »
Et c’est ainsi que l’armée de Chu se rendit à Wuguan où elle fut encerclée par l’armée ennemie. Le roi Huai Chu fut emprisonné et condamné à mort. Son successeur, sous les recommandations des anciens conseillers du roi de Chu, déclara Chu Yuan, grand et fidèle conseiller du roi, comme responsable de ce terrible échec du royaume de Chu. Chu Yuan fut alors exilé par le roi de Chu, le grand QinNang.
Chu Yuan rentra dans son pays natal pour vivre aux côtés de sa soeur.
Ainsi CHu Yuan était désormais installé dans une vie de recueillement, de réflexion et de tristesse. Envahi par un immense chagrin, il composa les célèbres rouleaux de bambous, intitulés « tristesse de l’éloignement ». Il ne pouvait oublier son royaume, le royaume de Chu et son roi, mort par les mauvais conseils de ses conseillers. Toujours inquiet pour son pays, jour et nuit, Chu Yuan ne cessait de composer sur les meilleures façons d’agir et la nostalgie de son royaume, le royaume de Chu. Son chagrin était de plus en plus lourd. Quand un jour, la nouvelle lui parvint. Le royaume de Chu était conquis. La capitale était prise par le royaume de Qin !
Chu Yuan s’effondra ! Tout était fini. Sa vie, il avait tout donné pour son royaume, mais en vain. Il était conquis. Sa tristesse fut infinie jusqu’à devenir insupportable. Il ne dormait ni ne mangeait plus.
Lorsqu’un matin, il se redressa. Droit, debout, les joues sèches, entaillées les larmes des jours passés, il demanda à sa servante de lui préparer des vêtements propres. Il sortait.
Il prit son cheval, calmement et s’avança vers la rive du fleuve Milo.
« Chu Yuan te voilà sur la rive du changement. Le monde dans lequel tu vis est de plus en plus impur et bourbeux. Moi, Chu Yuan, solitaire en ce monde sali par ses sujets, il me faut désormais aller de l’avant. Je dois surpasser ce monde. J’ai choisi. Je vais quitter cette fausse pourrie, ce monde impur.
Pourquoi ne pas essayer les mondes sous-marin ?! » Et il sauta.
Chu Yuan se noya dans la rivière Milo, effondré par le désastre du gouvernement de son nouveau roi.
La nouvelle se répandit très vite. Chu Yuan, l’éminent poète et conseiller du roi s’était noyé.
Les habitants de son village natal, tous respectueux envers cet homme illustre, montèrent sur leur barque et commencèrent affolés à chercher Chu Yuan. Sans résultats, ils choisirent alors d’alerter Chu Yuan de leur présence par des tambourinages. Leur gong embarqué, tous ensemble, ils jouèrent. Les gongs sonnèrent, résonnèrent dans les eaux profondes du fleuve Milo ce jour-là. Mais en vain. Chu Yuan ne revint pas. Il avait choisi de quitter ce monde. Aussi, afin de protéger Chu Yuan des prédateurs sous-marins, les habitants lancèrent des boules de riz gluant aux poissons. Ceux-ci repus ne mangeraient pas le corps de Chu Yuan.
Et c’est ainsi que cette pratique, comme celle du gong, furent renouvelées tous les ans pour commémorer la perte si grande de l’illustre Chu Yuan.
Aujourd’hui encore, pour la fête de Duan Wu Jie, en l’honneur du poète Chu Yuan, il est possible de manger des Zhongzi, boulettes de riz gluant, enveloppées dans une feuille de palmier.
vendredi 15 juin 2007
vendredi 1 juin 2007
L'enfance de Mencius
En Chine, la mère de Mengzi, le grand philosophe chinois (Mencius de son nom latin) est un modèle. Par son éducation exceptionnelle, son fils a pu devenir un grand philosophe. Et actuellement encore, les jeunes parents chinois ont tous en mémoire l'histoire de Mengzi et de sa mère. Un modèle que tout le monde essaye d'imiter.
Voici, cette histoire.
Mengzi est né en Chine, au IV° siècle avant J-C, à l’époque des royaumes combattants. Son père, Mengji, un lettré plutôt malchanceux, fonctionnaire auprès du roi du royaume de Song, vécut dans la prospérité. Jusqu’au jour où, hélas, trois ans plus tard, il décéda. Il laissa sa femme, mademoiselle Qiu et son fils unique, le petit Mengzi à leur propre destin.
Mademoiselle Qiu, femme du mandarin Mengji, mère du petit Mengzi vivait dans la principauté de Tsou, (le Shandong actuel), au pied de la montagne Maan, dans un petit village nommé Fan.
Dans ce village, la vie y était paisible. La mère de Mengzi, seule, y élevait son fils. Ce dernier aimait jouer avec ses voisins, les autres enfants du village et tous ensemble s’amusaient souvent à imiter les adultes de leur entourage. A proximité de ce village, était justement un cimetière. Ce cimetière, un des plus grands de la principauté de Tsou, avait régulièrement de nouveaux locataires en ces temps difficiles et les jeunes enfants du village aimaient à regarder les fossoyeurs à l’ouvrage et les défilés endeuillés. Mengzi, quant à lui, était aux premières loges pour voir ce cortège funéraire, puisque les défilés passaient régulièrement devant sa porte.
Ce défilé de personnes vêtues de chanvre, en pleurs, se lamentant à n’en plus finir, était un spectacle très divertissant pour le petit Mengzi et ses amis. Les enfants du village se plaisaient à les imiter et avaient pour habitude de jouer aux enterrements. Les uns se taillaient des vêtements de chanvre, d’autres creusaient pour la mise en bière, d’autres encore brûlaient du papier monnaie, ou simulaient le transport du cercueil. Un jour, alors que tous les enfants du village étaient en train de jouer près du cimetière, la mère de Mengzi entendu son fils pleurer et crier. D’abord indistinctes, les paroles de Mengzi devinrent plus claires.
« Mon amour, pourquoi tu m’as laissé ? Te voilà parti maintenant, il ne reste que moi en ce bas monde ! Que vais-je faire ? Que vais-je devenir ? »
Mademoiselle Qiu se rapprocha de la voix qu’elle supposait être celle de son fils, quand elle l’aperçut, agenouillé à terre, les bras tantôt en l’air, tantôt frappant la terre avec vigueur, criant, voir même braillant pour être sûr de transmettre toute la tristesse d’un enterrement à ses amis. Il jouait à l’enterrement. Il fallait être triste et pleurer. Ce que Mengzi fit très bien, si bien que sa mère, paniquée de voir à quel genre de jeu son fils s’amusait, décida de déménager sur le champ.
Elle prépara ses bagages et empoigna son fils. Ils partirent.
Leur pas les menèrent jusqu’au village de Miaohuying. Cette fois-ci, mademoiselle Qiu, pour le bien de son fils, s’installa au centre du village. Dans une rue commerçante, très animée, où là, au moins, son fils ne jouerait pas à des jeux aussi macabres que la reconstitution d’un enterrement.
La rue animée éveilla Mengzi. Ses amis ne se lamentaient plus, ne pleuraient pas et lui ne s’agenouillait plus en criant. Mengzi, comme tous les enfants, observait son entourage. Un boucher à gauche, un marchand de légumes à droite et divers autres commerces dans la rue. Tous les jours, le jeune garçon traînait avec ses camarades et apprenait.
Et c’est ainsi qu'il observa le boucher couper du porc, les commerçants marchander et les vendeuses attirer le client à la criée. Il prit ainsi exemple sur ses voisins.
Sa mère fut alors très étonné de voir un jour son fils, jouer au marchand de viande. Imitant l’abattage du porc, puis la découpe de celui-ci et enfin ventant avec joie tous les mérites de son porc, très frais "et oui mesdames et messieurs", très frais!
Mademoiselle Qiu ne put en supporter davantage et se dit qu’il valait mieux déménager et trouver enfin un environnement plus propice à l’épanouissement et à l’éducation de son fils. Lui qui imitait si bien son entourage, il fallait lui donner un voisinage constructif. Et pas plus qu’elle ne voulait laisser son fils proche d’un cimetière, elle choisit aussi d’éloigner son fils du milieu commerçant et des petits marchandages incessants auxquels ils se livraient.
La mère de Mengzi choisit de s’installer près de l’école de la principauté de Tsou. Ici au moins, entouré d’étudiants et de sages lettrés, le jeune Mengzi serait influencé correctement pensa-t-elle. Dans tout le village, on pouvait entendre les récitations des élèves. Les lettrés de l’école et leur sagesse impressionnaient les enfants du village. Ainsi, Mengzi, avec les enfants du village, joua à étudier. Assis sous un arbre, il se courbait au-dessus d’un rouleau reconstitué à partir de brindilles et récitait ce qu’il avait appris en écoutant les élèves faire leur récitation. Avec ses camarades, ils jouaient aux discussions entre lettrés, se courbant tous aimablement les uns devant les autres, se faisant des politesses avant de s’asseoir et de s’attabler devant une tasse de thé invisible. Observant les jeux de son fils, la maman de Mengzi fut ravie. Après un long parcours, elle avait enfin trouvé un environnement favorable à son fils. Elle choisit de rester dans ce village et se mit à tisser pour gagner sa vie et permettre à Mengzi, son fils unique et orphelin de père, d’avoir la meilleure des éducations.
Hélas, Mengzi n’était qu’un enfant. Et ce qui était un environnement des plus favorables pour sa mère, n’était aux yeux de Mengzi qu’un village comme les autres où les enfants ensemble se réunissaient pour jouer. Aussi, alors que Mengzi avait déjà commencé à étudier, il fut surpris un jour par sa mère en train de s'amuser avec ses amis au pied d’un arbre plutôt que d’être sagement à l’école.
Cependant, plutôt que de le gronder immédiatement, la mère de Mengzi rentra chez elle. Toujours à son ouvrage à tisser, elle attendit la rentrée de son fils. Lorsque celui-ci rentra et s'installa à côté d’elle pour l'aider à tisser, elle prit une paire ciseaux et coupa en deux tout le morceau de tissu qu’elle avait laborieusement tissé. Toute une semaine de labeur anéantie. Face à cet étrange spectacle, Mengzi ne put que réagir.
« Mais maman, pourquoi détruisez-vous de vous-même ce magnifique tissu, tissé de vos mains? C’est de la folie ? Il vous a fallu une semaine de travaille sans relâche pour le finir. »
Et mademoiselle Qiu, répliqua alors : « Mon fils, tu es allé jouer avec tes amis cet après-midi plutôt que d’aller à l’école. Et bien, ton action est toute aussi inconsidérée que la mienne à l’instant. Ce tissu par mon tissage lent, progressif, mais laborieux et sûr, a pu devenir un tissu soyeux et solide, de bonne qualité. Il était destiné à servir de tunique confortable. Mais par mon acte irréfléchi, ce tissu est détruit, la belle tunique ne sera pas et il faudra reprendre à zéro tout mon labeur pour arriver encore une fois au même résultat.
Tout comme toi, mon fils. Les études et le savoir s’acquièrent avec un lourd labeur, beaucoup de patience, d’énergie et de concentration. Si tu choisis de t’amuser plutôt que d’étudier, alors de tout ton travail de concentration antérieur, de toute ta patience et de ta sagesse accumulées il ne te restera plus rien ! Il te faudra tout reprendre à zéro ! »
Et voilà comment la mère de Mengzi, sans punition, sans correction violente, ou colère abusive inculqua à son fils, Mengzi, toute la valeur des études. Mengzi devint ainsi très jeune, à l’âge de 15 ans, un des disciples du petit-fils de Confucius, avant de devenir lui-même un des grands maîtres de la philosophie chinoise.
Voici, cette histoire.
Mengzi est né en Chine, au IV° siècle avant J-C, à l’époque des royaumes combattants. Son père, Mengji, un lettré plutôt malchanceux, fonctionnaire auprès du roi du royaume de Song, vécut dans la prospérité. Jusqu’au jour où, hélas, trois ans plus tard, il décéda. Il laissa sa femme, mademoiselle Qiu et son fils unique, le petit Mengzi à leur propre destin.
Mademoiselle Qiu, femme du mandarin Mengji, mère du petit Mengzi vivait dans la principauté de Tsou, (le Shandong actuel), au pied de la montagne Maan, dans un petit village nommé Fan.
Dans ce village, la vie y était paisible. La mère de Mengzi, seule, y élevait son fils. Ce dernier aimait jouer avec ses voisins, les autres enfants du village et tous ensemble s’amusaient souvent à imiter les adultes de leur entourage. A proximité de ce village, était justement un cimetière. Ce cimetière, un des plus grands de la principauté de Tsou, avait régulièrement de nouveaux locataires en ces temps difficiles et les jeunes enfants du village aimaient à regarder les fossoyeurs à l’ouvrage et les défilés endeuillés. Mengzi, quant à lui, était aux premières loges pour voir ce cortège funéraire, puisque les défilés passaient régulièrement devant sa porte.
Ce défilé de personnes vêtues de chanvre, en pleurs, se lamentant à n’en plus finir, était un spectacle très divertissant pour le petit Mengzi et ses amis. Les enfants du village se plaisaient à les imiter et avaient pour habitude de jouer aux enterrements. Les uns se taillaient des vêtements de chanvre, d’autres creusaient pour la mise en bière, d’autres encore brûlaient du papier monnaie, ou simulaient le transport du cercueil. Un jour, alors que tous les enfants du village étaient en train de jouer près du cimetière, la mère de Mengzi entendu son fils pleurer et crier. D’abord indistinctes, les paroles de Mengzi devinrent plus claires.
« Mon amour, pourquoi tu m’as laissé ? Te voilà parti maintenant, il ne reste que moi en ce bas monde ! Que vais-je faire ? Que vais-je devenir ? »
Mademoiselle Qiu se rapprocha de la voix qu’elle supposait être celle de son fils, quand elle l’aperçut, agenouillé à terre, les bras tantôt en l’air, tantôt frappant la terre avec vigueur, criant, voir même braillant pour être sûr de transmettre toute la tristesse d’un enterrement à ses amis. Il jouait à l’enterrement. Il fallait être triste et pleurer. Ce que Mengzi fit très bien, si bien que sa mère, paniquée de voir à quel genre de jeu son fils s’amusait, décida de déménager sur le champ.
Elle prépara ses bagages et empoigna son fils. Ils partirent.
Leur pas les menèrent jusqu’au village de Miaohuying. Cette fois-ci, mademoiselle Qiu, pour le bien de son fils, s’installa au centre du village. Dans une rue commerçante, très animée, où là, au moins, son fils ne jouerait pas à des jeux aussi macabres que la reconstitution d’un enterrement.
La rue animée éveilla Mengzi. Ses amis ne se lamentaient plus, ne pleuraient pas et lui ne s’agenouillait plus en criant. Mengzi, comme tous les enfants, observait son entourage. Un boucher à gauche, un marchand de légumes à droite et divers autres commerces dans la rue. Tous les jours, le jeune garçon traînait avec ses camarades et apprenait.
Et c’est ainsi qu'il observa le boucher couper du porc, les commerçants marchander et les vendeuses attirer le client à la criée. Il prit ainsi exemple sur ses voisins.
Sa mère fut alors très étonné de voir un jour son fils, jouer au marchand de viande. Imitant l’abattage du porc, puis la découpe de celui-ci et enfin ventant avec joie tous les mérites de son porc, très frais "et oui mesdames et messieurs", très frais!
Mademoiselle Qiu ne put en supporter davantage et se dit qu’il valait mieux déménager et trouver enfin un environnement plus propice à l’épanouissement et à l’éducation de son fils. Lui qui imitait si bien son entourage, il fallait lui donner un voisinage constructif. Et pas plus qu’elle ne voulait laisser son fils proche d’un cimetière, elle choisit aussi d’éloigner son fils du milieu commerçant et des petits marchandages incessants auxquels ils se livraient.
La mère de Mengzi choisit de s’installer près de l’école de la principauté de Tsou. Ici au moins, entouré d’étudiants et de sages lettrés, le jeune Mengzi serait influencé correctement pensa-t-elle. Dans tout le village, on pouvait entendre les récitations des élèves. Les lettrés de l’école et leur sagesse impressionnaient les enfants du village. Ainsi, Mengzi, avec les enfants du village, joua à étudier. Assis sous un arbre, il se courbait au-dessus d’un rouleau reconstitué à partir de brindilles et récitait ce qu’il avait appris en écoutant les élèves faire leur récitation. Avec ses camarades, ils jouaient aux discussions entre lettrés, se courbant tous aimablement les uns devant les autres, se faisant des politesses avant de s’asseoir et de s’attabler devant une tasse de thé invisible. Observant les jeux de son fils, la maman de Mengzi fut ravie. Après un long parcours, elle avait enfin trouvé un environnement favorable à son fils. Elle choisit de rester dans ce village et se mit à tisser pour gagner sa vie et permettre à Mengzi, son fils unique et orphelin de père, d’avoir la meilleure des éducations.
Hélas, Mengzi n’était qu’un enfant. Et ce qui était un environnement des plus favorables pour sa mère, n’était aux yeux de Mengzi qu’un village comme les autres où les enfants ensemble se réunissaient pour jouer. Aussi, alors que Mengzi avait déjà commencé à étudier, il fut surpris un jour par sa mère en train de s'amuser avec ses amis au pied d’un arbre plutôt que d’être sagement à l’école.
Cependant, plutôt que de le gronder immédiatement, la mère de Mengzi rentra chez elle. Toujours à son ouvrage à tisser, elle attendit la rentrée de son fils. Lorsque celui-ci rentra et s'installa à côté d’elle pour l'aider à tisser, elle prit une paire ciseaux et coupa en deux tout le morceau de tissu qu’elle avait laborieusement tissé. Toute une semaine de labeur anéantie. Face à cet étrange spectacle, Mengzi ne put que réagir.
« Mais maman, pourquoi détruisez-vous de vous-même ce magnifique tissu, tissé de vos mains? C’est de la folie ? Il vous a fallu une semaine de travaille sans relâche pour le finir. »
Et mademoiselle Qiu, répliqua alors : « Mon fils, tu es allé jouer avec tes amis cet après-midi plutôt que d’aller à l’école. Et bien, ton action est toute aussi inconsidérée que la mienne à l’instant. Ce tissu par mon tissage lent, progressif, mais laborieux et sûr, a pu devenir un tissu soyeux et solide, de bonne qualité. Il était destiné à servir de tunique confortable. Mais par mon acte irréfléchi, ce tissu est détruit, la belle tunique ne sera pas et il faudra reprendre à zéro tout mon labeur pour arriver encore une fois au même résultat.
Tout comme toi, mon fils. Les études et le savoir s’acquièrent avec un lourd labeur, beaucoup de patience, d’énergie et de concentration. Si tu choisis de t’amuser plutôt que d’étudier, alors de tout ton travail de concentration antérieur, de toute ta patience et de ta sagesse accumulées il ne te restera plus rien ! Il te faudra tout reprendre à zéro ! »
Et voilà comment la mère de Mengzi, sans punition, sans correction violente, ou colère abusive inculqua à son fils, Mengzi, toute la valeur des études. Mengzi devint ainsi très jeune, à l’âge de 15 ans, un des disciples du petit-fils de Confucius, avant de devenir lui-même un des grands maîtres de la philosophie chinoise.
vendredi 11 mai 2007
Wenzhi, le célère médecin
Il y a fort longtemps, le royaume de Song avait la chance de compter parmi ses sujets le meilleur médecin de tout le royaume et de tous les royaumes voisins. Wenzhi était sans aucun doute non seulement le plus doué de ses confrères connaisseurs et praticiens en médecine mais également le plus soucieux de moralité. Il possédait là les deux qualités indispensables pour devenir un excellent médecin. Sa réputation n’était plus à faire et Wenzhi s’adonnait tous les jours à la pratique de la médecine pour sauver les sujets de son royaume.
Le royaume de Qi était le royaume voisin à celui de Song. Or ce dernier était en train de vivre une tragédie, le roi était souffrant. Il avait contracté une maladie grave que tous les médecins de Qi avaient tenté de soigner, en vain. Depuis déjà des mois, sa majesté souffrait.
Alors, la cour du royaume décida de faire appel à Wenzhi, médecin au royaume de Song, leur dernier espoir ! On envoya un serviteur au royaume de Song afin de prier le fameux Wenzhi de se rendre au royaume de Qi pour examiner et soigner sa majesté le roi.
Après un long voyage, Wenzhi arriva enfin au royaume de Qi. Il ne fallait plus attendre, le roi éprouvait, avec de plus en plus de difficultés, sa maladie. Aussi, à son arrivée au royaume de Qi, Wenzhi se dirigea immédiatement dans la chambre de son altesse. Il examina le roi méticuleusement, fit un examen complet puis sortit sans un mot. Hors de la chambre, il entraîna ainsi le serviteur du roi à l’écart de la chambre, loin des murs renfermant sa majesté, qui, disait-on, possédaient des oreilles !
Et face au serviteur du roi, Wenzhi s'exprima enfin.
« La maladie de votre majesté peut être traitée. Elle n’est pas incurable. Cependant, je crois deviner et pouvoir avancer sans me tromper, que si je guéris le roi, ce sera au prix de ma vie.»
« Mais enfin, maître Wenzhi, qu’entendez-vous par là ? Qu’avancez-vous ? Comment cela serait-il possible ? Une vie contre une mort ? »
« Je m’explique. La maladie de votre majesté est une maladie du cœur qui le ronge. Cette maladie, sans cesse refoulée par le roi, le détruit maintenant physiquement. Cependant, une simple grosse colère pourrait soulager la pression qui fait son mal intérieur. Ce mal remonterait à la surface et ne le rongerait ainsi plus de l’intérieur. Mais si je provoque la colère de votre majesté, alors il m’en coûtera la vie. »
« Oh, il en est ainsi. » commença à répondre le serviteur de l’empereur.
« Mais monseigneur» reprit celui-ci «nous ne pouvons continuer à laisser souffrir notre roi. Il faut malgré tout le soigner au plus vite. Soignez-le, et je vous donne ma parole que moi-même premier serviteur du roi et son altesse la reine, la mère du royaume interviendront en votre faveur auprès de sa majesté. Ainsi il ne vous arrivera rien. Soyez sans crainte!»
« Bon » puisqu’il en est ainsi, pour votre cœur fidèle et noble et parce que mon traitement est désormais connu de vous et sera connu de votre majesté et votre altesse la mère du royaume, je vais alors pouvoir commencer à examiner votre roi.»
La date et l’heure exactes de la visite choisis par le médecin Wenzhi pour examiner sa majesté de Qi furent communiquées par le serviteur au roi. Mais contrairement à ce qu’il était convenu, Wenzhi s’excusa trois jours durant, prétextant diverses raisons sans fondements. Le quatrième jour, Wenzhi se présenta enfin à la cour.
Ce jour-là, Wenzhi se dirigea directement dans la chambre du roi, et s’en prendre la peine de le saluer dignement comme il se doit selon les usages, ni même sans respecter la politesse de retirer ses souliers avant de consulter un malade sur son lit, il grimpa sur le lit de sa majesté, foula de ses pieds chaussés de souliers crasseux les vêtements royaux et feignit de consulter sa majesté sans prendre la peine de l’examiner réellement.
Bien sûr, sa majesté qui avait déjà attendu trois jours la visite de ce célèbre médecin, eut tout d’abord sa colère apaisée par la bonne nouvelle de la venue de Wenzhi. Mais lorsque le roi eut assisté au spectacle désastreux de la consultation de Wenzhi, lorsqu’il fut suffisamment maltraité par ce médecin insolant, tout d’abord stupéfait, tout à coup sa colère éclata !! Un torrent d’injures jaillit du cœur de sa majesté et mieux que tous les traitements et piqûres qu’il avait eu auparavant, ces injures l’avait guéri. Il était guéri. Un miracle !!
Cependant, la colère était plus forte. Il ne pouvait oublier toute l’humiliation qu’il avait subi, lui sa majesté le roi ! Non il ne pouvait accepter un tel comportement de la part d’un sujet dans son royaume ! Et malgré l’intervention de son plus fidèle serviteur et de son épouse, son altesse royale, pour épargner Wenzhi, le roi de Qi ne pouvait accepter ce comportement ! Cela dépassait son entendement!
Alors Wenzhi fut emprisonné! Les prières et les supplications de sa cour ne pouvant être d’aucun recours à Wenzhi.
Il fut mené à la torture pratiquée à l’époque: torturé au chaudron.
Cependant, face au roi toujours dévisagé par la colère, Wenzhi resta fidèle à sa médecine, et ses dernières paroles furent pour le roi :
« J’ai agi comme je l’ai fait par devoir. Mes méthodes sont justes et loyales envers la pratique de la médecine. Le traitement de la maladie fut exposé avant d’être réalisé. Tout dans ma pratique fut en accord avec l’exercice de la médecine. Alors, tuez-moi, je n’ai pas de regret!».
Le roi ne put en entendre davantage, furieux, il ordonna la mort de Wenzhi.
Le royaume de Qi était le royaume voisin à celui de Song. Or ce dernier était en train de vivre une tragédie, le roi était souffrant. Il avait contracté une maladie grave que tous les médecins de Qi avaient tenté de soigner, en vain. Depuis déjà des mois, sa majesté souffrait.
Alors, la cour du royaume décida de faire appel à Wenzhi, médecin au royaume de Song, leur dernier espoir ! On envoya un serviteur au royaume de Song afin de prier le fameux Wenzhi de se rendre au royaume de Qi pour examiner et soigner sa majesté le roi.
Après un long voyage, Wenzhi arriva enfin au royaume de Qi. Il ne fallait plus attendre, le roi éprouvait, avec de plus en plus de difficultés, sa maladie. Aussi, à son arrivée au royaume de Qi, Wenzhi se dirigea immédiatement dans la chambre de son altesse. Il examina le roi méticuleusement, fit un examen complet puis sortit sans un mot. Hors de la chambre, il entraîna ainsi le serviteur du roi à l’écart de la chambre, loin des murs renfermant sa majesté, qui, disait-on, possédaient des oreilles !
Et face au serviteur du roi, Wenzhi s'exprima enfin.
« La maladie de votre majesté peut être traitée. Elle n’est pas incurable. Cependant, je crois deviner et pouvoir avancer sans me tromper, que si je guéris le roi, ce sera au prix de ma vie.»
« Mais enfin, maître Wenzhi, qu’entendez-vous par là ? Qu’avancez-vous ? Comment cela serait-il possible ? Une vie contre une mort ? »
« Je m’explique. La maladie de votre majesté est une maladie du cœur qui le ronge. Cette maladie, sans cesse refoulée par le roi, le détruit maintenant physiquement. Cependant, une simple grosse colère pourrait soulager la pression qui fait son mal intérieur. Ce mal remonterait à la surface et ne le rongerait ainsi plus de l’intérieur. Mais si je provoque la colère de votre majesté, alors il m’en coûtera la vie. »
« Oh, il en est ainsi. » commença à répondre le serviteur de l’empereur.
« Mais monseigneur» reprit celui-ci «nous ne pouvons continuer à laisser souffrir notre roi. Il faut malgré tout le soigner au plus vite. Soignez-le, et je vous donne ma parole que moi-même premier serviteur du roi et son altesse la reine, la mère du royaume interviendront en votre faveur auprès de sa majesté. Ainsi il ne vous arrivera rien. Soyez sans crainte!»
« Bon » puisqu’il en est ainsi, pour votre cœur fidèle et noble et parce que mon traitement est désormais connu de vous et sera connu de votre majesté et votre altesse la mère du royaume, je vais alors pouvoir commencer à examiner votre roi.»
La date et l’heure exactes de la visite choisis par le médecin Wenzhi pour examiner sa majesté de Qi furent communiquées par le serviteur au roi. Mais contrairement à ce qu’il était convenu, Wenzhi s’excusa trois jours durant, prétextant diverses raisons sans fondements. Le quatrième jour, Wenzhi se présenta enfin à la cour.
Ce jour-là, Wenzhi se dirigea directement dans la chambre du roi, et s’en prendre la peine de le saluer dignement comme il se doit selon les usages, ni même sans respecter la politesse de retirer ses souliers avant de consulter un malade sur son lit, il grimpa sur le lit de sa majesté, foula de ses pieds chaussés de souliers crasseux les vêtements royaux et feignit de consulter sa majesté sans prendre la peine de l’examiner réellement.
Bien sûr, sa majesté qui avait déjà attendu trois jours la visite de ce célèbre médecin, eut tout d’abord sa colère apaisée par la bonne nouvelle de la venue de Wenzhi. Mais lorsque le roi eut assisté au spectacle désastreux de la consultation de Wenzhi, lorsqu’il fut suffisamment maltraité par ce médecin insolant, tout d’abord stupéfait, tout à coup sa colère éclata !! Un torrent d’injures jaillit du cœur de sa majesté et mieux que tous les traitements et piqûres qu’il avait eu auparavant, ces injures l’avait guéri. Il était guéri. Un miracle !!
Cependant, la colère était plus forte. Il ne pouvait oublier toute l’humiliation qu’il avait subi, lui sa majesté le roi ! Non il ne pouvait accepter un tel comportement de la part d’un sujet dans son royaume ! Et malgré l’intervention de son plus fidèle serviteur et de son épouse, son altesse royale, pour épargner Wenzhi, le roi de Qi ne pouvait accepter ce comportement ! Cela dépassait son entendement!
Alors Wenzhi fut emprisonné! Les prières et les supplications de sa cour ne pouvant être d’aucun recours à Wenzhi.
Il fut mené à la torture pratiquée à l’époque: torturé au chaudron.
Cependant, face au roi toujours dévisagé par la colère, Wenzhi resta fidèle à sa médecine, et ses dernières paroles furent pour le roi :
« J’ai agi comme je l’ai fait par devoir. Mes méthodes sont justes et loyales envers la pratique de la médecine. Le traitement de la maladie fut exposé avant d’être réalisé. Tout dans ma pratique fut en accord avec l’exercice de la médecine. Alors, tuez-moi, je n’ai pas de regret!».
Le roi ne put en entendre davantage, furieux, il ordonna la mort de Wenzhi.
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